Coquille de noix
Ce petit amas de noix
dans le vase orné de visages de feutre
s'apparente au fait d'être assis,
attablés face à face,
cassés,
vidés,
desséchés.
Voilà que survient un futur de coton
qui garde
entière
la coquille quotidienne.
ANGEL MOTA
sur cette plage nos premières lettres
ta rétine caravelle
des brins de rien
des songes de l'enfance
ROBERT BEROUËT-ORIOL
attends quelqu'un seul sur une terrasse romantique
et la jeune Amérique défile en images quelque part
quelque chose de flou à travers l'orge maltée d'une ville
impersonnelle quelques pollens se nichent au coeur
de l'alvéole avec un goût de néon dans le creux de la
gorge mêlé à du sanf qui ne cherche qu'à s'échapper
deviens fixe comme le réverbère d'une ruelle sous mes
yeux l'éclat des sourires inconnus désire m'immobiliser
l'instant d'un brin de soleil verrai donc si tout s'enfuit
vers
DANNY PLOURDE
Mictlan
À Mictlan, on a fait la récolte
des têtes en fleurs.
Mais il a suffi d'une parole désavouée,
d'une négligence de la volonté
ou d'un seul et unique entêtement
- celui d'écrire, par exemple -
pour qu'un amas de prières à l'agonie
brûle la gorge
comme de la tequila amère
et que, rasés par le souffle de la vérité,
des bouquets de lumière violente
deviennent touffes d'heures craquelées
sur l'épiderme blessé de l'aurore.
À Mictlan, on a vu des ombres
d'une épaisseur impeccable.
OMAR ALEXIS RAMOS
Dernières nouvelles (commedia della vita)
Pantalon pense aux bordels de Venise
et à l'or que lui a procuré le tourisme.
Polichinelle fanfaronne encore du côté du port.
Il n'a plus de rapport avec son fils,
un très célèbre politicien corrompu.
Après avoir épousé la fille du patron,
Scapin a quitté la ville
et vit au bord de la mer, avec deux maîtresse
Nous ne savons rien d'Arlequin,
mais il paraît qu'il a perdu la joie, sa fortune et sa femme.
Colombine a émigré, c'est la bonne d'un vieux couple.
Sa soeur Smeraldina a sombré dans la drogue
et travaille dans un bar.
Le Capitan et Pierrot s'écrivent encore des poèmes emflammés.
JOSEP MARIA SALA-VALLDAURA
Bipolar Bear
It is assumed that the hue of a room has a substantial effect on the mental state of its inhabitants. Which is why lunatics live in white rooms or cream or pink, furnished simply with a bed from which to dream, and perhaps a little sink, to pacify, to mollify, to sooth the savage beast inside. But the other day they took a group of human loonies to the zoo, to remind us who we were and who was who. And that recreational activity was therapeutically effective, and that crises of identity were a matter of perspective. Filing past the wicket on our special group-rate ticket, we were linked together wrist to wrist and arm in arm, so that none of us could come to harm. We were collectively a bracelet and each a silver charm. We paced in nervous haste before the cages, or dawdled awkwardly, collectively twiddling opposible thumbs. Feeding clumsy popcorn to ourselves. Consuming eyefuls of animals, like Crackerjack prizes inside.
CATHERINE KIDD
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