Mots de terre, ou demain la musique

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Comme à son habitude,
soleil cherchant la treille;
la rivière qui s’arrête,
l’émotion d’une fleur envolée
et rêve à la renverse,
déesse fulgurante des flacons,
épaules étroites,
orteils peints.
En toute intimité
la confusion des sens.
Un dimanche au village
où la flèche prend son temps.
Méfiants de l’impossible,
les mots ont dénudé
l’obsession du silence.

PATRICK COPPENS

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Juste avant

Ton souffle s’arrête juste
avant que ne retombe la vague fracas des
lourdes attentes enfin délivrées rassasiées
les battements d’ailes
se disputent l’envolée désordre
cacophonique de l’air soudain inquiet des
visées retranchées

DANIELLE FORGET

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Le « body bag »

Il ne manquait que le fils inspecteur de toitures, déserteur
du camp familial en visite de reconnaissance chez le
père de sa nouvelle, une gentille professeure de danse aérobique.
Les autres y étaient tous : la première née paraplégique
aux grands yeux bleus vifs et aux mèches jaune serin
soulevées sur sa courte chevelure brune, fruit de l’emballement
d’un coiffeur zélé durant une visite à domicile; l’aîné
des garçons et son épouse, un couple de psychologues
discrets ; la notaire et son mari comptable ; le benjamin,
acheteur pour un supermarché, accompagné de sa coriace
moitié, secrétaire médicale; enfin le fils rebelle adepte de la
méditation zen, divorcé depuis peu pour s’acoquiner à une
journaliste à l’aise dans les réunions en tout genre.

CLAIRE VARIN

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Une nuit de poésie chez Mademoiselle Bonbon

En voyant débarquer chez elle, à une heure avancée
de la nuit, le célèbre poète Minuit Jules, Mademoiselle
Bonbon ne peut retenir sa joie :
« Ah! cher poète, quelle surprise! Quel bon vent
vous pousse chez moi. Me lirez-vous vos derniers poèmes?
Très cher ami, cette nuit vous appartient ! Puis-je vous
offrir un café?
– Non merci, mademoiselle. Je désirais simplement
vous présenter ma dernière création intitulée :
Le Nouveau Monde. »
Et Minuit Jules sort de son cartable d’écolier une carte
de géographie qu’il déplie lentement sous les yeux
émerveillés de la jeune femme.
Tout est B L A N C. Pas un mot. Pas une image.
Tout est absolument blanc.

CLAUDE HAEFFELY